Claude Debussy Biographie

En pensant aux révolutions musicales, on y réfère généralement en terme de sonorité et de provocation: les dissonances de l'Eroica de Beethoven, la rage de Stravinsky dans le Sacre du printemps, la décadence consommée de Schoenberg dans Pierrot lunaire. Encore est-il que la plus radicale de toutes les voix musicales fut celle langoureuse et sous-estimée de Claude Debussy. Tous les révolutionnaires ont infléchi ceci ou développé cela et rejeté telle autre chose; Debussy a tout renié et d'un seul coup: la syntaxe harmonique traditionnelle, le rythme à quatre temps, la mélodie romantique, les formes classiques, les orchestrations pompeuses. Toutefois, à travers son œuvre, on peut discerner les influences allant de Couperin à Wagner et Musorgsky ainsi qu'au gamelan javanais. Il ne ressemble à aucun musicien qui l'a précédé. En même temps, à nos oreilles, il nous est familier; l'extraordinaire synthèse de son style nous apparaît si naturelle qu'il est difficile de croire que personne n'y avait pensé avant lui. Son influence sur toute la musique occidentale - classique, jazz et populaire - a été déterminante.

En son temps, la voix de Debussy était semblable à une intrusion dans un monde de rêve par la musique. Le langage des sons a été rendu soudainement riche et étrange; les grands orchestres romantiques sont maintenant devenus légers et délicats. Chaque instrument semble fait de visions et de suggestions: une flûte devient la mémoire d'une caresse, une cymbale devient une fraîche écume de mer. Lorsque l'on compare les orchestrations lumineuses de Debussy à celles de Wagner et Brahms, ces dernières semblent turgides et opaques; et lorsqu'on compare le parfum intoxiquant de ses harmonies celles-ci rendent presque puritains les innovateurs du 20è siècle.

Debussy est né d'une famille qui fût tantôt des travailleurs agricoles, tantôt des artisans et des marchands à St. Germain-en-Laye, dans la banlieue de Paris, le 22 août 1862 et baptisé sous le nom de Achille-Claude Debussy. À l'âge de 3 ans, la boutique de porcelaines de son père, Manuel Debussy, fit faillite et la famille déménagea à Paris. Deux des quatre enfants allèrent vivre chez une tante financièrement plus à l'aise, Mme. Roustan; quant à Claude, il n'existe pas d'archives relatant une fréquentation scolaire formelle. Le père, Manuel voulait que son fils devienne un marin. À la place, Claude devint fasciné par la musique. Après avoir reçu quelques rudimentaires leçons de piano, Mme. Roustan a payé pour des études plus sérieuses avec une Mme. Mauté de Fleurville, qui avait étudié avec Chopin. (Elle était la belle-mère du poète Verlaine qui deviendra une source d'inspiration majeure lors de la maturité du compositeur.) Claude fit des progrès remarquables et, à l'âge de 11 ans, il était accepté par la vénérable et rigoureuse institution pleine de traditions qu'est la Conservatoire de Paris.

Il y passera plus d'une décennie en tant qu'étudiant souvent de manière décousue mais respectueux, brillant et rebelle. Alors qu'il remportait des prix et des médailles, il confondait ses professeurs avec ses idées. Les anecdotes à propos des idées et du comportement de Debussy devinrent légendaires au Conservatoire. Ainsi, durant une classe d'improvisation au piano, César Frank lui criait "Modulez! Modulez!" et Debussy de lui répondre calmement "Pourquoi? Je suis parfaitement heureux où je suis". Quand Giraud, son professeur de composition, lui dit "Je ne dis pas que ce que vous faites n'est pas joli, seulement que c'est théoriquement absurde" et Debussy de lui répondre "Il n'existe pas de théorie. Vous n'avez qu'à écouter. Le plaisir est la loi." Néanmoins, il passa plusieurs années à soumettre, de façon intermittente, des travaux traditionnels en harmonie et contrepoint dans le but d'obtenir l'honneur le plus prestigieux du Conservatoire, le Prix de Rome.

Entre temps, pendant son adolescence, Debussy a déniché un travail comme pianiste pour la riche veuve russe Nadezhda von Meck, la patronesse de Tchaikovsky. Pendant trois étés, cet enfant, provenant presque des bas fonds et de la misère, voyagea avec les membres de cette famille élégante, jouant à quatre mains avec madame et enseignant le piano à ses filles durant la tournée des capitales européennes et à son domaine en Russie. Von Meck trouvait son jeune employé spirituel, bon imitateur et débordant de talent. En Russie, Debussy s'infusa de la musique de ce pays - beaucoup de Borodin et principalement de Musorgsky, mais peu de Tchaikovsky.

Puis, pendant presque cinq ans, alors qu'il se rapprochait du Prix de Rome, Debussy tomba en amour avec une de ses élèves, une femme mariée nommé Mme. Vasnier. Il n'est pas rapporté jusqu'où alla leur romance mais, de 1880 à 1882, il a écrit quelques chants d'amour pour elle.

Finalement, Debussy remporta le Grand Prix de Rome en 1884 avec une cantate académique intitulée L'enfant prodigue. L'année suivante, il débuta le stage traditionnel de trois ans à la Villa Medici de Rome. Ayant atteint le but si longtemps recherché, il découvrit qu'il n'aimait pas ni la ville de Rome, ni la nourriture, ni les autres étudiants, ni la production de pièces qu'il devait faire parvenir à Paris et surtout il ne pouvait pas supporter d'être séparé de Mme. Vasnier. Sa seule consolation était la compagnie des partitions des opéras de Wagner; il s'y immergea comme le faisaient, en ces temps, plusieurs autres dévots. Son premier envoi, Zulëima, fut déclaré, par les juges du Conservatoire, "bizarre, incompréhensible et impossible à exécuter".

Au printemps de 1887, bien avant que les trois années se soient écoulées, Debussy retourna à Paris pour de bon et y écrira son troisième envoi, La demoiselle élue. Les modulations sans répit, les rythmes changeants et la mélodie "décadente" montraient qu'il se dirigeait vers un nouveau style musical. Les quelques années subséquentes allaient être les plus critiques de sa carrière.

Debussy se réfugia dans le style de vie bohémienne de Montmartre, composant et vivotant dans une pauvreté artistique. Incapable de ranimer ce qui existait entre lui et Mme. Vasnier, il trouva une maîtresse, Gabrielle Dupont, qu'il appelait "Gaby aux yeux verts". Elle restera avec lui pendant dix ans. Debussy, avec sa cape flottante, son chapeau aux larges rebords et sa grâce féline et langoureuse, était une silhouette familière dans les rues et les cafés nocturnes de Montmartre. Pour cacher une anormalité - des os protubérants formaient des bosses sur son front - il peignait sa chevelure foncée en frange. Et, comme son style devenait de plus en plus mature, sa face basanée à l'allure d'un faune devint l'incarnation de sa musique.

Autour de 1887, Debussy commença à fréquenter les réunions du jeudi des poètes "symbolistes", parmi lesquels l'on retrouve Beaudelaire, Verlaine, Rimbaud et Mallarmé. Ceux-ci déclarent que l'art doit faire appel aux sens et à l'intuition avant l'intellect. La méthode du symbolisme, écrit Mallarmé, était "d'évoquer, dans une ombre délibérée, un objet non mentionné en utilisant des mots allusifs". Debussy allait devenir le poète musical de cet art du brouillard et de la suggestion. Comme tous les symbolistes, il était attiré par les mystères sans nom et les horreurs obscures d'Edgar Allan Poe, tels que traduits par Beaudelaire.

Une par une, les inspirations nécessaires commencent à apparaître. Il est bien conscient du sort réservé aux peintres révolutionnaires français de cette époque et qui ont été condamnés par les critiques comme "impressionnistes"; l'épithète leur est resté tout comme il le sera pour Debussy, à son grand désespoir. Monet, Renoir et autres confrères ont sorti leur canevas dehors et, avec des traits vaporeux, ils ont tenté de peindre la lumière elle-même, dans toutes ses subtilités éphémères à travers les rochers, l'eau et le paysage. Cet atmosphère se dépeint aussi sur le travail de Debussy. L'exposition universelle de Paris, en 1889, est également importante pour la maturité de Debussy; il y a été envoûté par le gamelan javanais. Cette musique hypnotisante et exotique, enveloppée dans les résonances de gongs en bronze, révèlent aux bonzes du Conservatoire de Paris que de tout nouveaux territoires sonores existent en dehors de la tradition occidentale. La musique de Java lui montre des sentiers encore plus éloignés de la rhétorique romantique jusque là dominée par l'école germanique et des dogmes du Conservatoire. Elle confirme son intuition que la fugue et le contrepoint, le développement symphonique et les formes pré-ordonnées ne sont pas inévitables et qu'une véritable intoxication par l'harmonie et de la mélodie peut être suffisante - à condition de les rendre assez intoxicantes.

En 1891, parmi les rencontres qui le mènent vers la maturité, il faut noter celle avec Eric Satie (1866-1925) dont l'anti-romantisme a pris la forme de petites pièces pour le piano possédant des titres bizarres ("Quatre préludes flasques pour un chien", etc.) et qui incorporaient des nouveaux essais harmoniques. Debussy devait orchestrer, plus tard, deux des pièces lyriques pour piano de Satie appelées Gymnopédies.

Une autre influence que Debussy embrassa et rejeta sans jamais pouvoir entièrement s'en échapper: Wagner. Cette période atteint un sommet lors de deux visites au théâtre de Wagner, à Beyreuth, en 1888 et 1889, où il entendit Die Meistersinger, Tristan und Isolde, et de façon plus significative, deux représentations de Parsifal. Peu avant sa seconde visite, il eut une violente réaction face aux symbolistes imbus de Wagner: "Ne voyez-vous pas que Wagner, avec tout son pouvoir formidable - oui, en dépit de son pouvoir - a amené la musique vers des sentiers stériles et pernicieux?" Il lui a même donné le sobriquet de "vieil empoisonneur". Tout de même, derrière chaque page de musique orchestrale produite par Debussy durant sa période de maturité, on y retrouve les innovations du maître germanique et principalement dans l'opéra Pelléas et Mélisande. Il eut des temps où Debussy l'avouait; dans son opéra, lorsqu'il disait tenter de créer "une couleur orchestrale illuminée par l'au-delà tout comme l'on en retrouve dans Parsifal." Sa rébellion contre Wagner était comme celle d'un fils envers un père dominateur et duquel on ne peut se défaire.

De toutes ces influences musicales, visuelles et littéraires et guidé par une oreille extraordinairement parfaite, Debussy a façonné lentement son propre langage musical révolutionnaire. Entre 1887 et 1889, il a écrit deux collections de chants sur des textes de "symbolistes", dans lesquelles son style est discernable: Cinq poèmes de Baudelaire et Ariettes oubliées sur des poèmes de Verlaine. Son premier grand succès vint en 1890 avec la Suite bergamasque pour piano contenant "Clair de lune", cette pièce que l'on retrouve maintenant partout. Ensuite, en 1894, il complète sa première œuvre où éclate toute la force de son génie: un délicat et petit poème orchestral, basé sur un poème de Stéphane Mallarmé, Prélude à l'après-midi d'un faune, qui alla transformer la face de la musique occidentale et ce, de façon aussi décisive que le firent des œuvres plus longues et plus puissantes de la part de Beethoven et Wagner.

La pièce fut jouée, en première, et de façon mauvaise, à Paris, en décembre 1894, recevant sa part prévue de venin de la part des critiques mais faisant aussi une impression indélébile sur les membres progressifs des cercles artistiques. Le premier et unique quatuor à cordes qu'écrira Debussy fut donné, en première, en 1893, et provoqua encore d'autres enthousiasmes et controverses.

D'autour de1892 datent les premières esquisses de l'opéra Pelléas et Mélisande, sur un livret du "symboliste" Maurice Maeterlinck. Comme Debussy a toujours travaillé de façon lente, probablement dû aux soins excessifs apportés à l'œuvre et la paresse bohémienne; son opéra a été en gestation pendant presque dix ans avant qu'il ne fut prêt d'envisager une représentation. Pendant ce temps, sa réputation avait cru au point qu'il était capable d'obtenir une première prestigieuse à l'Opéra-Comique de Paris. Aidant à sa réputation, il y a eu première, au tournant du siècle, pour ses trois Noctures pour orchestre. Ce furent ces œuvres, avec leurs titres évocateurs ("Nuages", "Fêtes", et "Sirènes") qui lui valurent, une fois pour toutes, la qualification d'impressionniste.

En même temps que prenaient forme, en 1901, les plans pour la production de Pelléas, des indices permettaient d'identifier qu'un désastre se pointait à l'horizon. Debussy reçut la permission du librettiste Maeterlinck, et ce, partiellement sur la présomption que la maîtresse de Maeterlinck chanterait le rôle de Mélisande, lors de la première. C'est alors que l'Opéra-Comique annonça qu'elle accordait le rôle à la jeune soprano américano-écossaise Mary Garden. Un Maeterlinck enragé a presque provoqué Debussy en duel et a essayé d'en saboter la production; "Je suis obligé," écrit-il dans Le Figaro, "d'espérer que ce sera une faillite retentissante et rapide."

Pendant ce temps, la préparation des parties orchestrales fut bousillée de sorte que, lors des répétitions de l'orchestre, les instrumentistes ne purent distinguer entre les dièses et les bémols. Plus encore, à la dernière minute, il fut découvert que les treize changements de scène ne pouvaient être accomplis à l'intérieur du temps alloué par la partition. Après avoir médité sur son œuvre, note par note, pendant une décennie, Debussy dut s'asseoir et, en quelques jours, composer d'importants interludes orchestraux pour compenser le temps requis pour les changements scéniques. L'avant-première, en costumes, se déroula dans une atmosphère encore plus tendue vu la publication d'un pamphlet injurieux (probablement une œuvre de Maeterlinck) et distribué à l'extérieur du théâtre ainsi les chahuts et rires provenant de la part des partisans du librettiste présents dans l'audience. Encore pire est, l'arrivée imprévue d'une demande soudaine d'un censeur pour le retrait d'une scène entière, la qualifiant d'indécente.

De toute façon, la première du 30 avril 1902 fut un succès - retentissant non seulement à cause de la controverse qui entoura la représentation mais aussi à cause du style de l'opéra qui minimise tout et qui évite grandement la mélodie lyrique pour la remplacer par une approche du discours. Malgré le ronchonnement de certains critiques (l'un deux qualifia Pelléas de "hashish musical") les représentations de l'opéra commençèrent à faire salle comble. Plusieurs des supporters étaient des étudiants parisiens et de jeunes artistes avides de révolution, le profil de ceux qui formaient l'audience naturelle des compositeurs progressifs du moins depuis Berlioz et qui prirent Debussy comme leur cause et leur champion: parmi ces petits artistes le culte du debussysme prit naissance. Alors que le compositeur atteignait la quarantaine, Pelléas lui procura une audience internationale. En deçà d'une décennie, l'opéra fut entendu à New York, à Londres, et à travers l'Europe. Mary Garden demeura l'authentique Mélisande. Aujourd'hui, cette œuvre semble incarner cette ère légendaire, cet âge de l'Art Nouveau, de l'élégante et occulte décadence.

Vers 1905, Debussy jouissait d'une réputation mondiale et s'était marié deux fois. En 1898, il avait quitté "Gaby aux yeux verts" pour Rosalie Texier qu'il maria l'année suivante. (Il avait dû donner une leçon le matin même de leur mariage afin de payer pour la réception.) Ce fut une alliance passionnée avec la femme qui appelait "Lily-Lilo"; il avait menacé de se suicider si elle refusait de le marier et lui a dédié les Nocturnes comme "preuve de la joie profonde et passionnée que je ressens à l'idée d'être son mari". Le trouble était qu'il y avait, dans le couple, plus de joie que de passion. Rosalie était une couturière qui ne possédait pas d'attirance ou de sensibilité particulière pour la musique mais qui était charmante et dévouée pour Debussy.

En quelques années, les charmes de Rosalie s'étaient usés. En 1904, Debussy l'abandonna et s'enfuit avec Emma Bardac, la femme d'un riche banquier et l'ancienne maîtresse de Gabriel Fauré. Tout Paris bourdonna à propos de ce scandale et bourdonna encore plus fort lorsque la désespérée Rosalie tenta de se suicider (elle s'en remettra). Debussy et Emma obtinrent leurs divorces et se marièrent à la fin de 1904. Quant à l'opinion générale, incluant celle de leurs amis les plus proches, elle fut négative envers Debussy; plusieurs dirent qu'il avait abandonné Rosalie pour obtenir l'argent d'Emma. À long terme, toutefois, la preuve fut faite que le couple était heureux sans être particulièrement riche. Les revenus d'Emma étaient retenus par un litige et ils vivaient principalement des revenus que Debussy retirait en tant que compositeur et critique. Durant la première décennie du siècle, Debussy eut recours à publier dans les journaux afin de pouvoir payer les factures. (Tout comme Berlioz, Debussy écrivit d'excellentes proses qui furent publiées.) Le couple eut un enfant, Claude-Emma, qu'il appelait "Chouchou" et à qui il dédia la suite pour piano "Children's Corner" en 1906-08.

La production de Debussy augmenta après la première de Pelléas, partiellement à cause d'une augmentation de la demande pour sa musique. À noter parmi les œuvres de la première décennie du siècle: le poème symphonique La Mer (1903-05), le chef d'œuvre de l'impressionnisme musical et l'un des plus grands tours de force orchestral de tous les temps; il complétait ainsi une révision de l'orchestre qu'il avait débutée avec Prélude à l'après-midi d'un faune. Au même moment, il a beaucoup écrit pour le piano; tels Estampes (1903) où il combina sa palette harmonique kaléidoscopique avec des innovations au niveau de la pédale et de la texture sonore créant ainsi une première sonorité pianistique qui soit, à la fois, originale et authentique depuis celle de Chopin. Il planifia plusieurs autres opéras, notamment "La chute de la maison d'Usher" d'après Poe, mais aucun de dépassera le stage des esquisses. Sa production de chants, qui se classe parmi les meilleures réalisations pour le chant vocal de ce siècle, se continuera presque jusqu'à la fin de sa vie. À partir de 1908, il commença à diriger de ses propres œuvres lors de tournées à travers l'Europe et en Russie. Parmi les amitiés de ces dernières années, il faut souligner celle avec le jeune Igor Stravinsky; elle commença comme une amitié superficielle mais elle allait devenir une d'admiration mutuelle entre collègues.

Autour de 1910 Debussy commença à avoir des malaises agaçants qui se développeront lentement en un cancer. Comme sa condition se détériorait, il devait recourir à la morphine pour contrôler la douleur; il y eut des opérations et des traitements au radium. Finalement, se décrivant comme "un mort ambulant", Debussy se retira en réclusion presque complète où il continua de composer avec une détermination féroce. La plupart de la musique de ces dernières années est de moindre importance, peut-être, que ses meilleures œuvres mais reste tout de même digne de son génie. L'œuvre la plus impressionnante de cette période est le ballet Jeux, écrit pour Nijinsky et les Ballets Russes. Cette œuvre, la plus énigmatique et avec une partition des plus avant-gardistes, fut une déception lors de sa présentation. Au-delà de cette déception et de sa maladie, l'approche de la Première Guerre Mondiale oppressa Debussy au point qu'il fit naître son patriotisme: il commença à ajouter à sa signature l'expression "musicien français". Sa dernière œuvre complétée, et l'une des meilleurs de ces dernières années, est la Sonate pour violon et piano.

Avant de débuter cette dernière œuvre, il avait écrit, dans une lettre mélancolique datée de 1916, "Comme Claude Debussy ne peut plus faire de la musique, il n'a plus aucune raison d'exister. Je n'ai aucun passe-temps; la seule chose qu'on m'ait enseigné fut la musique". Il mourut lors d'un bombardement allemand de Paris, le 25 mars 1918. Au milieu du tumulte de la guerre, une mort de plus ne fait les manchettes. Alors que la maigre procession funéraire déambule à travers les rues dévastées, un propriétaire de boutique l'explique en disant "Il semble que c'était un musicien".


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