Wolfgang Amadeus Mozart Catalogue
Explication du catalogue

Catalogue Köchel

Ludwig Ritter von Köchel (1800-1877) qui fit des études en droit, devint un éminent minéralogiste et fut, tout au long de sa vie, un passionné de Mozart. Vers 1851, il commença à collectionner du matériel pour son grand catalogue et lorsque celui-ci fut publié en 1861, il devint la première présentation chronologique et thématique de toute la musique écrite par un compositeur. Köchel y présentait l’incipit musical de chaque oeuvre (avec l’incipit de chaque mouvement lorsque c’était approprié), le lieu où le manuscrit se trouvait lorsque connu, la première édition de l’œuvre lorsque possible, tout ceci étant suivi de références conformes aux standards d’éditions musicales d’alors et aux plus importantes discussions savantes. Köchel a mis sur pied et a inclus une classification de tout l’œuvre de Mozart en vingt-trois groupes lesquels ont servi de base à l’édition de «Alte Mozart-Ausgabe», édition à laquelle il a fourni une contribution financière importante. Ce plan facile fut grandement maintenu dans les éditions subséquentes, il a toutefois été élargi pour tenir compte de la croissance des publications et des recherches.

La seconde édition, en 1905, par Paul Count Waldersee, apporta peu de modifications à la chronologie établie par Köchel mais ajouta des références à l’édition «Alte Mozart-Ausgabe».

La troisième édition, préparée en 1937, par Alfred Einstein (1880-1952), apporta quant à elle d’importants changements et modifia la date de composition de plusieurs œuvres principalement celles datant d’avant 1784, l’année où Mozart commença son propre catalogue thématique (publié pour la première fois en fac-simile en 1938; un autre fac-simile, avec des commentaires d’Alan Tyson, en 1989). Einstein a inclus une grande quantité d’éditions datant de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle à partir d’informations qui lui ont été fournies par Otto Erich Deutsch (1883-1967) et Cecil Bernard Oldman (1894-1969). La majorité de ces informations n’avait d’importance que pour prouver de la popularité des oeuvres. Einstein s’est aussi attardé à réviser la liste des œuvres douteuses ou attribuées apparaissant au supplément préparé par Köchel. Il décida que certaines œuvres étaient authentiques et les a incluses dans le catalogue général. Il fit de même avec plusieurs fragments autographiés jusque là apparaissant dans un supplément.

Les éditeurs de la sixième édition, en 1964, (Franz Giegling (1921-), Alexander Weinmann (1901-1987), Gerd Sievers (1915-1999) durent faire face à une tâche colossale. Ils durent tenir compte de toutes les recherches menées durant trente-sept ans sur l’œuvre de Mozart (recherches menées assidûment à travers l’Europe même durant la Deuxième Guerre Mondiale et aux États-Unis) et de toute l’information supplémentaire acquise depuis 1955. De nouveaux problèmes chronologiques surgirent du fait que les éditeurs crurent nécessaire de réviser, encore une fois, la date de composition de plusieurs œuvres qu'Einstein avait déjà modifiée.


Catalogue Wyzewa-Saint-Foix

L'apport essentiel de Köchel à la musique de Mozart a partiellement relégué dans l’ombre une somme monumentale, elle aussi dotée d’une classification des œuvres mozartiennes, la biographie de Wyzewa et Saint-Foix. Le paradoxe de cet ouvrage est d’être resté une référence pour tous les musicologues sans connaître une diffusion exceptionnelle dans le grand public. Ses dimensions considérables l’expliquent en partie, l’édition originale réunissant cinq volumes respectivement en 1912 (tomes 1 et 2, éditions Perrin), 1936, 1939, 1946 (Desclée de Brouwer) et réédités en deux tomes en 1977. Mais « le Saint-Foix » est présent dans tous les ouvrages consacrés à Mozart, cité ou critiqué, ne laissant jamais indifférent, un livre connu au travers des autres, en quelque sorte.

Au moment de débuter leurs travaux de recherches, Théodore de Wyzewa (Teodor Wyzewski) est alors l’une des figures marquantes du journalisme et de la musicologie français. D’origine polonaise, né à Kalusik, en Russie, le 12 septembre 1862, il vient en France en 1869 où se fixe sa famille. Après des études en lettres, il épouse la carrière du journalisme. Il deviendra critique musical au Figaro et dès 1890, il signe aussi bien des chroniques de littérature contemporaine ou de philosophie que de musique. Il fonde, en 1901, la Société Mozart, avec Adolphe Boschot et Georges de Saint-Foix. En 1912, paraissent les deux premiers tomes du gigantesque essai de biographie critique consacré à Mozart, fruit d’une étroite collaboration avec Saint-Foix qu’interrompra brutalement la mort prématurée de Wyzewa (Paris, 15 avril 1917).

Georges de Saint-Foix, qui prolongera seul cette vaste entreprise, en publiant les trois volumes qui complètent cet essai biographique, a suivi un itinéraire assez différent. De son véritable nom Georges, Marie, Olivier du Parc Poulain, comte de Saint-Foix, il vit le jour à Paris le 2 mars 1874. Il étudie parallèlement les sciences juridiques et la musique. C’est une rencontre avec Wyzewa, en 1900, qui va le pousser vers la musicologie. Il se spécialise dans la musique du 18e siècle. Un an plus tard, il participe à la fondation de la Société Mozart et devient rapidement l’une des figures éminentes de la musicologie mozartienne. Il participe à la fondation de la Société française de musicologie, il est membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, de l’Académie Sainte-Cécile de Rome, ainsi que de l’Académie des Arts et Sciences d’Aix-en-Provence, et à ce titre, joue un rôle déterminant lors de la fondation du célèbre festival où Mozart sera au centre de tant de soirées inoubliables. Il mourra le 26 mai 1954 dans la capitale provençale où il y habitait presque en permanence.

Wyzewa et Saint-Foix décident de rédiger ensemble leur ouvrage l’année même où ils fondent la Société Mozart (1901). Otto Jahn avait apporté l’essentiel des connaissances biographiques sur Mozart et son héritage (W.A. Mozart, 4 volumes, Leipzig, 1856-1859). Köchel avait fixé une chronologie de l’œuvre (Chronologisch-thematisches Verzeichnis sämtlicher Tonwerke W.A. Mozarts, Leipzig, 1862) et Breitkopf avait établi le texte. Mais aucun des trois n’apportait la synthèse nécessaire. Jahn s’attardait peu à la musique, Köchel datait les œuvres en esquivant certaines zones d’ombre, quand à l’édition Breitkopf, elle apportait peu de connaissances nouvelles pour la chronologie et l’authenticité.

La démarche de Wyzewa et Saint-Foix va consister à révéler tous les aspects du génie de Mozart dans son unicité. On a parfois parlé d’« analyse minute » de l’œuvre de Mozart, rapprochant la démarche de Wyzewa et Saint-Foix de la précision notariale. Scrutant chaque œuvre avec minutie, délaissant parfois l’homme lui-même au profit de ce qu’il a légué, usant d’une approche quasi psychanalytique, ils relient les partitions les unes aux autres pour qu’elles livrent ce que, seules, elles sont susceptibles de révéler, le processus créateur de Mozart. Cette approche permet à leurs yeux de reconstituer une chronologie. Ils présentent ainsi un nouveau classement qui diffère parfois de celui de Köchel lorsque des éléments factuels incontestables ne permettent pas de dater un ouvrage avec certitude. Ce genre de situation est assez fréquent dans la première partie de l’œuvre de Mozart et Wyzewa et Saint-Foix proposent alors des solutions guidées par le seul style. Le découpage des vingt et une premières années de la vie de Mozart en vingt-quatre périodes stylistiques apporte un éclairage nouveau sur la production de l'enfant prodige et de l'adolescent, montrant notamment comme il était inéluctable d'en arriver aux chefs-d'oeuvre de la maturité. Mais certaines comparaisons pèchent parfois par excès et la postérité leur a donné tort à plus d'un point de vue lorsque des découvertes ultérieures ont pu apporter des peuves alors manquantes en matière de chronologie.

La mort de Wyzewa jouera certainement un rôle essentiel dans le changement de cap qui s’opère à partir du troisième volume, signé Saint-Foix seul. On aurait pu imaginer l’application d’une démarche analogue tout au long des trente-cinq années de la vie de Mozart. Mais plusieurs éléments allaient à l’encontre du maintien de cette approche, en premier lieu, l’abondance d’informations sur la période de la vie du musicien restant à traiter (1778-1791) et le catalogue de ses propres œuvres établi au jour le jour par Mozart lui-même à partir de 1783. La démarche stylistique n’a plus les mêmes buts : elle éclaire les œuvres individuellement, sans servir d’élément essentiel à la reconstitution d’une chronologie.

Saint-Foix, seul à présent, se livre à une approche plus personnelle de l’œuvre de Mozart qui contraste avec l’objectivité de la démarche initiale. Il s’attache aux partitions maîtresses de la maturité, les aborde avec humilité, cherchant à les mettre en valeur, à en révéler le génial contenu. Les œuvres, qui étaient des moyens permettant d’expliquer le processus créateur, deviennent des entités vers lesquelles convergent les efforts de l’auteur. La chronologie factuelle s’immisce dans son raisonnement car le processus créateur n’est plus sa préoccupation essentielle.

L’ensemble de l’ouvrage s’est souvent vu reprocher un manque d’unité en raison de cette double approche et de l’abandon de l’objectivité initiale. Pourtant, la méthode stylistique, appliquée il est vrai de différentes façons selon les époques, a fait ses preuves. Et si le livre manque d’unité à cet égard, elle a néanmoins permis d’éclaircir bien des mystères.

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