Maurice Ravel Biographie

Maurice (Joseph) Ravel naquit à Cibourne (Basses Pyrénées) le 7 mars 1875. Fils aîné de Joseph Ravel, un ingénieur mécanicien, qui était doué d'un esprit inventif, curieux de toutes choses, et particulièrement attiré par la musique. Peu de temps après sa naissance, le père obtient un emploi à Paris et la famille y déménage. Il y vivra toute sa vie.

Quoique son père soit d'origine suisse alors que sa mère, Marie Delouart, est d'origine basque, l'enfance de Maurice Ravel est tout à fait parisienne et dès qu'il devint évident qu'il manifestait des dons en vue d'une carrière possible en musique, il fut confié aux meilleurs professeurs.

Il est d'abord confié à Henry Ghys (1882) pour le piano, et à Charles-René (1887) pour l'harmonie. En 1889, alors qu'il est l'élève d'Emile Decombes (piano), il est admis à la classe préparatoire d'Eugène Anthiôme au Conservatoire. Deux ans plus tard, il gradue à la classe de Charles de Bériot pour le piano et étudie l'harmonie avec Emile Pessard.

Durant ses premières années au Conservatoire (1889-1895), il démontre un talent pour les nouvelles expériences. Durant cette période, il se lie d'amitié avec le pianiste espagnol Ricardo Vines, un confrère dans la classe de Bériot. Il est enthousiasmé par la musique de Wagner, Chabrier et Satie ainsi que par l'école russe tandis qu'au niveau littéraire, il se porte vers Beaudelaire, Poe et Mallarmé.

Ravel quitte le Conservatoire en 1895 pour y revenir en 1896. On présume que c'est durant cette année passée hors du Conservatoire qu'il aurait décidé de consacrer sa vie à la composition musicale. Il est alors admis dans la classe de Gabriel Fauré (composition) et celle d'André Gédalge (contrepoint et orchestration).

À compter de 1900 et pour quatre années consécutives, Ravel tente, en vain, d'obtenir le prix de Rome en composition. En 1903, Ravel doit quitter la classe de Fauré alors qu'il n'a pas réussi à obtenir un prix de composition. L'attitude des autorités du Conservatoire envers Ravel, en plus d'être dictée par le fait que celui-ci n'ait pas satisfait aux exigences académiques, est une conséquence d'idéaux artistiques irréconciliables.

De 1905 à 1908, Ravel produit plusieurs oeuvres. Sa personalité s'accuse trop audacieusement et suscite des controverses passionnées.

En 1909, il rencontra Stravinsky lors la visite des ballets russes à Paris. Cette visite eut beaucoup d'impact sur le travail de plusieurs compositeurs dont certains produiront des ballets pour la compagnie qui est sous la direction de Dyagilev.

En 1910, il participe, avec plusieurs de ses condisciples de la classe de Fauré, à la fondation de la Société musicale indépendante qui se pose en rivale à la Société nationale de musique.

À la veille de la Première Guerre Mondiale, sa réputation a franchi les frontières de la France.

La guerre a eu une influence dévastatrice sur la vie de Ravel. Il croyait que le devoir de tout artiste était de participer à tout effort consenti pour la nation. Disqualifié pour le service militaire alors qu'il tenta d'être enrôlé dans l'aviation, il devint un conducteur dans le corps de transport motorisé. À l'été de 1916, il ressentit l'urgent de besoin de composer alors qu'il avait la conviction qu'il était en pleine possession de ses pouvoirs. Il fut atteint de dysentrie et dut revenir à Paris afin de pouvoir récupérer. Aussitôt arrivé à Paris, sa mère meurt.

Un bon nombre de raisons - la guerre, la maladie, mais par-dessus tout, la mort de sa mère - font que le processus de création musicale de Ravel est considérablement rallenti durant cette période.

Avec la fin de la guerre survint aussi la mort de Debussy (1918) et plusieurs virent en Ravel, la nouvelle figure dominate de la musique en France. L'admiration suscitée, de par le monde, pour ses oeuvres l'amène à entreprendre de multiples tournées à l'étranger ce qui lui confère, indubitablement, une place prépondérante.

En 1920, après avoir refusé l'ordre de la Légion d'honneur et dans le but de se soustraire aux manoeuvres politiques, il acquiert une maison en dehors de Paris et, à partir de 1921, il habite Montfort-l'Amaury. Dès lors, il vit une vie intensément privée et ne se mariera jamais.

Un tel retrait lui permet de se concentrer sur ses activités de composition et d'orchestration.

Ravel vint en tournée (quatre mois), aux États Unis, en 1928. Cette tournée était plus une expérience personnelle et sociale qu'un stimulus créatif. En effet, en plus des nombreux concerts et récitals, Ravel rencontra les différentes personalités américaines du domaine des arts, incluant le cinéma. La même année, il se vit décerner un doctorat honorifique de la part de l'université d'Oxford.

À partir d'ici et jusqu'en 1932, Ravel sera occupé à divers projets, certains plutôt inusités dont un ballet pour la danseuse Ida Rubinstein (Boléro), le concerto pour la main gauche (Paul Wittgenstein), et de la musique pour le cinéma (Don Quichotte à Dulcinée).

L'année 1932 marque le début d'une fin tragique pour Ravel, période durant laquelle il sera totalement à la merci d'une maladie dégénérative: la maladie de Pick. Certains commentateurs retracent les premiers symptômes aux insomnies qui l'assaillaient à la fin de la guerre. À une plainte d'anémie cérébrale en 1926 auprès de son médecin, Pasteur Vallery-Radot, celui-ci lui conseille de prendre une année sabbatique.

Un accident d'auto, survenu le 8 octobre 1932, semble avoir précipité les choses mais cet énoncé est démenti par le neuro-chirurgien Clovis Vincent. Toujours est-il qu'après cette date, ses forces vont progressivement baisser et ce malgré tous les nombreux efforts déployés par des amis sympatiques pour le stimuler et même pour l'amuser voire même à l'occasion des vacances à l'étranger.

Bientôt, il ne fut plus capable de signer son nom, et il bougeait et parlait avec, de plus en plus, de difficulté. Sa vie consistait, occasionnellement, à assister à des concerts, à recevoir des artistes recherchant des conseils et, par dessus tout, la compagnie de son frère et d'un cercle restreint d'amis.

Le 17 décembre 1937, il entre à la clinique du plus grand neuro-chirurgien français, Clovis Vincent, pour y subir, deux jours plus tard, une intervention au cerveau. Le compte-rendu opératoire semble avoir été détruit: on aurait trouvé un cerveau d'aspect normal, les circonvultions nettes et nullement atrophiées mais un hémisphère gauche affaisé sur lequel on tenta un regonflement par une injection de sérum. Quelques heures plus tard, Ravel ouvrit les yeux et réclama son frère. On le crut sauvé. Ravel se rendormit doucement, en fait dans un coma profond qui devint interminable.

Il meurt, à Paris, vers 3h 30 du matin, le 28 décembre 1937. Sans cérémonie religieuse, le corps de Ravel fut directement conduit, le 30 décembre 1937, au cimetière de Levallois où reposaient déjà son père et sa mère. Conduit par Edouard Ravel, le cortège réunissait, outres les nombreux familiers, une foule éloquente de musiciens, de Ricardo Vines à Robert Casadesus, Manuel Rosenthal, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Igor Stravinsky. Le ministre de l'Éducation nationale, Jean Zay, fut chargé du discours officiel du gouvernement français.


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