Bulletin des Amis de l'orgue de Québec

No. 65 - Décembre 1995


Éditorial

Voici quelques textes qui nous permettent d'entrer en contact avec vous en ce milieu de saison.

Tout d'abord, un intéressant article sur Napoléon Déry qu'a bien voulu rédiger pour nous Antoine Bouchard. Plusieurs membres ont découvert ce facteur d'orgues lors du dernier congrès de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue et nous avons pensé que vous seriez ravis de connaître ce personnage qui fit carrière dans la ville de Québec à la fin du 19e siècle.

En seconde partie, quelques réminiscences du printemps avec ce compte rendu de notre président, Gilles Carignan, sur le voyage effectué par un groupe d'amis de l'orgue de Québec dans la région de Lanaudière.

Suit un petit mot de Rachel Alflatt qui nous parle d'un anniversaire peu fréquent... que je vous laisse découvrir!

Finalement, vous trouverez, à la fin de ces pages, la composition du conseil d'administration des Amis de l'orgue de Québec pour la saison 1995-96.

Au nom du conseil d'administration des Amis de l'orgue de Québec, je vous souhaite de très heureuses Fêtes et vous convie au concert de Noël du 10 décembre prochain.

Noëlla Genest
Coordinatrice.

Dans ce bulletin:


Napoléon Déry, facteur d'orgues
par Antoine Bouchard

C'est avec joie que j'ai accepté de faire ce bref article pour le Bulletin des Amis de l'orgue de Québec tout en sachant que je devrais agir rapidement et, en conséquence, me limiter à mes connaissances actuelles. Espérons que ce bref exposé suscitera assez d'intérêt chez quelques lecteurs pour les inciter à enrichir un dossier vraiment trop mince sur un de nos grands facteurs qui, au surplus, est le plus important à avoir oeuvrer à Québec.
Antoine Bouchard

L'homme

Nous avons, hélas! peu de connaissances sur la biographie de Napoléon Déry. On croit qu'il est né à Québec en 1840 ou, plus probablement, en 1843. Il a établi son atelier de facture d'orgues en 1873 au 26, rue Saint-Gabriel de ce qu'on appelait alors Faubourg Saint-Jean. Cet atelier, il le déménagea d'abord au 48, rue Saint-Gabriel, puis au 452-454, rue Saint-Jean.

Il épouse dame veuve Jacques Fecteau, née Hermine Grenier, le 25 février 1889. L'église de Saint-Jean-Baptiste résonne alors des «plus beaux morceaux» de l'Union musicale dirigée par M. C. Delisle et de la participation à l'orgue de M. Hébert.

Déry décède le 10 juillet 1908. Il est inhumé au Cimetière Belmont où une stèle funéraire rappelle sa mémoire.

Quelle sorte d'homme était-il? À cet égard, nos sources connues sont laconiques. Tout au plus avons-nous retrouvé dans un article du Journal de Québec du 12 décembre 1879 l'affirmation que Déry «est un homme modeste, qui a toujours travaillé dans l'ombre».

L'oeuvre

Fioretti des contemporains

À défaut d'en dire plus sur la personnalité de Déry, les témoignages de l'époque sont éloquents quand il s'agit de son oeuvre. Pour son opus 1, Saint-Roch-des-Aulnaies (1874), on ne trouve rien à cet égard. Mais pour l'opus 3, Ancienne-Lorette (1879), on lit que «[M. Déry] s'est révélé tout à coup facteur d'orgues... C'est une oeuvre magnifique qui lui a coûté bien des peines et du travail, attendu qu'il a été à peu près seul à la confectionner».

En 1882, en commentaire à l'inauguration de l'orgue de Cap-Santé, on ne considère plus Déry comme un néophyte: «Cet orgue... fait le plus grand honneur à ce facteur émérite. Le son en est magnifique, les jeux bien choisis et d'un effet charmant...».

En 1883, la réputation du facteur est assez bien établie pour que sa propre paroisse, Saint-Jean-Baptiste, lui commande un grand trois claviers de 37 jeux. En 1885, les témoignages viennent explicitement des meilleurs organistes de Québec: «Quelques organistes entre autres MM. C. Delisle et Dessane se sont rendus, hier au soir, aux ateliers de M. Déry, notre facteur d'orgues, pour essayer un nouvel orgue qu'il vient de terminer pour l'église de la Pointe-aux-Trembres (ancienne appellation de Neuville). Tous n'ont eu que des éloges à faire à M. Déry sur les qualités de son orgue». En 1885 également, dans le Courrier du Canada du 15 mai, on décrit ainsi la célébration au cours de laquelle le nouvel orgue de Saint-Jean-Baptiste a été inauguré: «Sans être un connaisseur, nous ne craignons pas d'affirmer que cet orgue est excellent et qu'il ne déparerait pas les plus belles églises du continent européen. Cet instrument est d'une grande puissance et d'une harmonie parfaite. M. Déry vient de révéler, dans cet instrument, tout son talent et son génie. Québec possède aujourd'hui un facteur d'orgues qui peut compter parmi les plus célèbres du pays et même des pays étrangers. Nous n'avons plus rien à envier, sous ce rapport, aux autres villes de la confédération canadienne.

Cet orgue est un des plus puissants que nous ayons entendus, et à coup sûr le plus beau dans son ensemble et ses détails. Ses jeux d'anches sont d'une douceur que nous ne connaissions pas jusqu'ici. Citons en passant les deux trompettes, le basson, la trompette harmonique, le hautbois, la clarinette, la voix humaine; en un mot, il nous faudrait citer tous les jeux, car tous sont d'un velouté et d'une richesse incomparable. N'oublions pas les flûtes qui sont d'une suavité admirable... Les musiciens ont félicité M. Déry pour la grande douceur des claviers.

Nous ne pouvons passer sous silence la soufflerie qui est construite d'après un système nouveau et supérieur à ce que nous connaissons... La pression de l'air est toujours égale, de sorte qu'on ne remarque aucun des battements produits par les coups de levier dans les autres orgues...».

En 1922, après une visite à l'orgue de Cap-Santé, Gérard Morisset note ceci: «Cet orgue, l'un des plus beaux qui sortirent des ateliers de Déry, est remarquable par la richesse du son, par la beauté de l'harmonie et de l'ensemble, et sourtout par ses jeux de bois, aux sons veloutés que les facteurs d'aujourd'hui ne connaissent plus».

Liste des orgues Déry

Tous les orgues Déry étaient à traction mécanique et comportaient un ou plusieurs claviers manuels et un pédalier.

AnnéeLieuComposition
1874Saint-Roch-des-Aulnaies2 claviers, 10 jeux
????Inconnu
1879L'Ancienne-Lorette
1881Cap-Santé
1883?Les Écureuils
1885Saint-Joachim1 clavier, 6 jeux
1885Saint-Jean-Baptiste de Québec3 claviers, 37 jeux
1885Saint-Jean-Baptiste de Québec
orgue de choeur

1886Neuville2 claviers, 18 jeux
1886Chapelle Notre-Dame de Lourdes
Saint-Sauveur, Québec
1 claviers, deux divisés
1887Chapelle des Jésuites
rue du Parloir, Québec
2 claviers, 16 jeux
1888Sainte-Geneviève de Batiscan
1889Saint-Isidore de Dorchester2 claviers, 15 jeux
1897Saint-Michel de Bellechasse2 claviers, 17 jeux

Dans leur état actuel, les orgues de Saint-Michel, Saint-Isidore et Saint-Roch-des-Aulnaies témoignent bien de l'art de Déry, ayant conservé ou retrouvé leur matériel d'origine. Sonorité typée et limpide, composition intelligente, mécanisme efficace et très durable, beauté remarquable du buffet, voilà quelques-unes des caractéristiques évidentes de cette facture.

À Cap-Santé et Neuville, la traction d'origine est devenue électro-pneumatique. À Saint-Jean-Baptiste aussi, où l'orgue, agrandi par Casavant, possède encore la plus importante tuyauterie de Déry et mériterait à maints égards une réfection qui tarde à venir, faute de moyens financiers.

Trois des orgues mentionnés, l'inconnu (opus 2?), l'orgue de choeur de Saint-Jean-Baptiste et celui de la chapelle de Saint-Sauveur, sont pour l'instant portés disparus. Quant à ceux de l'Ancienne-Lorette et de Batiscan, ils ont sans doute subi des modifications dont l'histoire est à faire. À Saint-Joachim, l'orgue a gardé sa traction et sans doute sa tuyauterie d'origine mais qu'en est-il de son état actuel? Et qu'en est-il de l'orgue commandé en 1883 par la paroisse nommée Les Écureuils?

Conclusion

Ces quelques lignes avaient pour but, jetant un pavé dans la mare, d'attirer l'attention sur une oeuvre qu'il faut protéger, restaurer, mettre en valeur. Espérons qu'elles suscitent l'intérêt dans le milieu de la musicologie, mieux armée pour mener à bien l'étude exhaustive et rigoureuse que méritent Déry et son oeuvre superbe.

Dans la rédaction de cet article, des références ont été puisées au fichier de l'Inventaire des oeuvres d'art de Gérard Morisset, conservé au Musée du Québec.

Discographie

Disques 33 tours

    Saint-Isidore
    • Raymond Daveluy. Oeuvres de Pachelbel, Vierne et Alain Gagnon
      Alpec 81029, face B

    Saint-Michel de Bellechasse
    • Yvon Larrivée. Oeuvres de Böhm, Louis Couperin, Cornet, Sweelinck, Froberger et Mendelssohn
      Alpec 81032, face A

    Saint-Roch-des-Aulnaies

Disques compacts
    Saint-Roch-des-Aulnaies
    • Dom André Laberge et l'Ensemble Carl-Philipp. 3 concertos pour orgue de Haendel
      Analekta (ce repiquage sur CD d'un disque 33t. vient de paraître)


À la découverte des attraits culturels
de Lanaudière

par Gilles Carignan

Le vendredi 2 juin 1995, une cinquantaine de personnes participaient à l'excursion des Amis de l'orgue de Québec, cette année à Joliette et dans les environs. Dans le dépliant du voyage, Lucien Poirier, professeur à l'École de musique de l'Université Laval, décrivait la région de Lanaudière comme un modèle de dynamisme culturel. Au cours des trois visites qui allaient suivre, nous allions vérifier le bien-fondé de cette opinion.

Première visite: trois agréables suprises!

C'est avec ébahissement que se réalisa l'étape de l'Épiphanie. D'abord l'intégration des ruines de l'église incendiée, il y a quelques années, à la nouvelle construction d'une architecture originale, ensuite la découverte d'un instrument remarquable, opus 38 (1992) du facteur Guilbault-Thérien, et finalement, la recontre d'un interprète de grand talent.

Luc Beauséjour inscrivit au programme de son récital des oeuvres de Scheidemann, Kuhnau, Buxtehude, Reinken, Böhm et J.S. Bach. Le titulaire de l'orgue de Rawdon et professeur du Cégep communiqua son grand intérêt pour le compositeur allemand Johann Kuhnau et présenta, en plus d'une pièce d'orgue, des commentaires élaborés à son sujet.

Comment ne pas signaler la contribution de François Pinard sur le tempérament et le devis de l'orgue de l'Épiphanie, ainsi que la sympathique réception offerte par les membres du Conseil de fabrique à l'intérieur des murs de la première église!

Deuxième visite: l'église des Clercs de Saint-Viateur

Le Père Jacques Houle, lui-même artiste, nous accueillit dans l'église de l'architecte Gérard Notebaert qui regorge d'oeuvres d'art et qui illustre bien l'intérêt de la communauté pour les arts: les vitraux en verre antique d'Olivier Ferland et de Guy Cauffopé, l'immense Christ en croix, autrefois dans la chapelle du Séminaire de Joliette, le Chemin de croix du Père Maximilien Boucher, les sculptures sur bois de Gaétan Therrien et la statuaire en terre cuite de Rosanne Monast. Il nous dit quelques mots du rôlé joué par les Clercs de Saint-Viateur dans le développement éducatif et culturel du Québec, mais principalement de la région de Lanaudière.

Le groupe d'excursionnistes apprit que l'une des nôtres, Louise Fortin-Bouchard, membre du conseil d'administration de notre organisme et membre du conseil d'administration de la Fédération québécoise des Amis de l'orgue, participe activement à la vie musicale de la région, puisqu'elle est professeure de musique au Cégep de l'endroit et invitée régulièrement comme soliste. En plus de nous présenter la fiche technique de l'instrument Casavant (1962), qui fut aussi transféré de la chapelle du Séminaire, Madame Fortin-Bouchard offrit un programme musical bien choisi et fort documenté, composé d'oeuvres de Muffat, Guilain, Zachau et J.S. Bach.

Troisième visite: Moniales bénédictines

Pour accueillir le groupe et les invités de la communauté, la titulaire de l'instrument du facteur Guilbault-Thérien (opus 13, 1976), Soeur Marie-Luc, exécuta une pièce d'orgue et présenta l'organiste invité, Jacques Giroux, titulaire de l'orgue du Christ-Roi, qui fit sonner des oeuvres de Scheidemann, Buxtehude, Brahms, Couperin, Verdi-Liszt et Bach. Une improvisation libre termina le récital.

À la fin de la visite, les moniales qui assistaient au récital échangèrent avec le groupe, de part et d'autre de la grille; elles fournirent des explications sur leur chapelle magnifiquement décorée et invitèrent les visiteurs à signer le livre d'or de l'Abbaye Notre-Dame-de-la-Paix.

La visite dans Lanaudière n'aurait pas été complète sans une rencontre avec le Père Fernand Lindsay, directeur artistique du Festival international de Lanaudière. Après avoir fait visité l'amphithéâtre, le Père Lindsay nous fit partager sa passion pour la musique, au cours du repas au restaurant La Distinction, dirigé par le jeune diplômé de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie, Louis-Simon Dénommée. Pour lui, le Festival, qui fêtera bientôt ses vingt ans, n'a rien d'un événement «parachuté», sans attaches ni racines avec le milieu. C'est pourquoi il a grandi et s'est développé. Aujourd'hui, il fait non seulement la renommée de la région et la fierté des gens du milieu, mais il jouit aussi d'une réputation internationale.

Nous comprenons mieux maintenant pourquoi Joliette et la région cultivent leur différence artistique et culturelle et comment se confirme l'opinion de Lucien Poirier.

Merci aux personnes rencontrées pour leur accueil et à Paul Grimard, co-responsable de l'excursion, pour son dévouement.


Monsieur Vincent Bédard
organiste depuis cinquante ans

par Rachel Alflatt

Peu d'organistes peuvent se vanter non seulement d'occuper la même tribune depuis cinquante ans, mais également d'en être seuls titulaires depuis la fondation de leur paroisse. C'est cependant le cas de monsieur Vincent Bédard, organiste de la paroisse Notre-Dame-de-Pitié depuis la fondation de celle-ci en 1945. Engagé avant même la construction de l'église, il toucha d'abord un harmonium dans la petite chapelle du Cimetière Saint-Charles où avaient lieu les offices, et ensuite, une fois l'église érigée, un petit orgue mécanique de deux claviers. Cet instrument fut toutefois remplacé, en 1960, par l'orgue actuel, un Providence électro-pneumatique de deux claviers et 18 jeux.

La paroisse a tenu à souligner cet anniversaire en incorporant à ses fêtes de cinquantenaire un récital en l'honneur de M. Bédard, récital qui a été donné le 12 septembre 1995 en l'église Notre-Dame-de-Pitié par son fils Denis. À l'entracte, plusieurs discours ont souligné le dévouement et la compétence de monsieur Bédard, et une plaque-souvenir lui a été remise.


Conseil d'administration 1995-96
Les membres du conseil d'administration pour la saison 1995-96 comprend les membres suivants:

    Gilles Carignan, président
    Monique Légaré-Moffet, vice-présidente
    Michel Boucher, trésorier
    Jean-Pierre Retel, secrétaire
    Richard Paré, directeur artistique
    Rachel Alflatt, Claude Beaudry, Suzanne Boulet, Irène Brisson, Marc d'Anjou, Louise Fortin, Noëlla Genest, Marguerite La Follette, Louise Provencher, Stéphane Saint-Laurent, conseillers

Deux membres nous ont quittés: Denis Morneau, le secrétaire, ainsi que Raynald Côté. L'assemblée générale leur a adressé de vifs remerciements pour leur remarquable dévouement à notre cause. Irène Brisson et Jean-Pierre Retel ont été nouvellement élus. Nous leur souhaitons une chaleureuse bienvenue; nul doute que leurs compétences vont enrichir l'équipe déjà dynamique des Amis de l'orgue de Québec.