| Description [Français / English] |
Composition sonore Stop List |
Références References |
Retour Return |
Historique
L'occupation de Soultz remonte à la préhistoire, mais ce n'est qu'en 667 qu'apparaît le nom de "Sultza", ou "source saline", dans un don d'Adalric, le père de sainte Odile, au couvent d'Ebersmunster. En 818, un document fait mention d'une église mère et d'une cour seigneuriale.
De l'abbaye d'Ebermunster, Soultz passe aux mains des seigneurs- évêques de Strasbourg en 1079 et y demeure jusqu'en 1789. Fortifiée avant le milieu du XIIIe siècle, Soultz obtient le statut de ville vers 1250 et grandit par la disparition des villages voisins et devient le siège d'un délégué épiscopal.
L'église
L'actuelle église remplace, au début du XIIIe siècle, un bâtiment roman dont il reste certains vestiges de maçonnerie, et qui lui même était précédé d'un premier sanctuaire. Sous des dehors assez homogènes, cette église gothique en grès rouge entièrement voûtée d'ogives est construite de 1270 à 1489 en plan de croix latine entourant un chœur carré, que surmonte une tour-clocher octogonale.
Les éléments les plus anciens sont les piliers du côté est de la croisée du transept qui datent du milieu du XIIIe siècle. L'abside à chevet plat, l'étage inférieur du clocher et la première travée de la nef datent du début du XIVe tandis que le reste de la nef avec ses deux types de supports et ses bas-côtés simples puis la chapelle latérale sont construits entre 1320 et 1340. Le portail sud, consacré à saint Maurice à cheval portant les armes de Soultz et à une adoration des Mages, date environ de 1325 et se place dans l'héritage de Strasbourg et Colmar.
La façade-pignon occidentale, le porche à voûte réticulée et le portail sont achevés en 1489. La grande sacristie surplombée d'une grande voûte nervurée assez complexe, sur un plan de quatre étoiles à six branches date vraisemblablement de la même époque. Quant à la partie supérieure du clocher octogonal dominant l'église avec sa flèche à double balustrade, elle est terminée en 1611.
La décoration de l'église se limite aux sculptures des chapiteaux et des clés de voûte, ainsi qu'à des peintures murales. Les quatre premiers chapiteaux de la nef sont ornés de feuillages, alors que ceux de la pile fasciculée de l'entrée du chœur présentent des têtes humaines. L'une des clés de voûte présente les armoiries de Robert de Bavière, seigneur-évêque des années 1400.
L'église possède une très belle chaire, remarquable travail d'ébénisterie réalisé autour de 1600 et des fonts baptismaux datant de 1656 et du XIXe siècle par Théophile Klem.
Elle possède aussi un panneau sculpté polychrome de saint Georges terrassant le dragon datant de la fin du XVe siècle et provenant certainement de la chapelle du village d'Alswiller détruite en 1793 lors de la Révolution, une Vierge à l'Enfant de style rhénan du début du XVIe siècle sauvée de la destruction en 1880 ainsi que des peintures murales très restaurées du XIVe siècle.
L'église est classée « Monument historique » depuis le 12 août 1920.
L'orgue
Le 22 octobre 1747, le bailli Immelin, pour le compte de la ville de Soultz, commande aux frères Jean-André et Jean-Daniel Silbermann, un orgue composé d'un buffet en chêne avec deux anges, un Positif et une Pédale. L'orgue, qui sera construit par Jean-André, ne sera livré que trois ans plus tard, car le facteur est occupé à la réalisation de son chef-d'œuvre du Temple-Neuf de Strasbourg. L'orgue est chargé le 30 juillet 1750 sur trois bateaux pour le transport sur l'Ill jusqu'à Colmar; Jean-Daniel débute le montage en août. Lorsque son épouse, Marie-Élisabeth qui l'accompagne, meurt le 13 septembre à l'âge de 27 ans, Jean-Daniel rentre à Strasbourg et n'a pas le coeur à retourner à Soultz. C'est Jean-André qui achève l'instrument pour le 24 octobre et qui réalise tout le travail d'harmonie.
Le buffet, fortement inspiré de celui de l'église Saint-Thomas à Strasbourg, se compose d'une tourelle centrale trilobée, caractéristique de nombreuses oeuvres de Jean-André Silbermann. L'abondant décor sculpté et ajouré est d'une grande élégance et répond à celui, beaucoup plus sage, qui orne le garde-corps de la tribune exécutée à la même époque par Frantz Kayser et Maurice Müller. Au sommet de la tourelle centrale, un écu est peint aux armes de la ville.
La composition sonore est conforme à la manière des Silbermann sans témoigner de la même influence saxonne, mais aussi avec quelques particularités:
La famille Silbermann revient à deux reprises à Soultz. En juin 1766, Jean-André nettoie et accorde l'orgue avec son fils Daniel. En 1783, peu après la mort de Jean-André, son fils Jean-Josias et son compagnon Conrad Sauer nettoient et accordent la tuyauterie.
Après la Révolution, Joseph Callinet est appelé à trois reprises pour transformer l'instrument. En 1819, il écrit : « Cet orgue remarquable du célèbre Silbermann n'a demandé aucune réparation durant 65 ans ». En 1821, il renouvelle les claviers en portant leur étendue à 51 notes, ajoute un demi-clavier de Récit et remplace la Cymbale du Grand-Orgue par un Clairon 4' et la Voix humaine de l'Écho par une Trompette 8'.
Callinet revient en 1829 pour ajouter une Bombarde 16' à la Pédale et une Flûte traversière 8' à l'Écho. En 1852, il ajoute une Gambe 8' au Grand-Orgue et un Salicional 8' au Positif. De plus, il recule le grand buffet de deux mètres (6,5 pieds) et modifie la traction du Positif.
Reconnaissant la valeur des orgues Silbermann, les interventions de Joseph Callinet sont exécutées dans le respect de la tuyauterie et de la mécanique du XVIIIe siècle. À part la Voix humaine d'Écho, aucun jeu Silbermann n'est enlevé : de nouvelles chapes sont préparées pour les nouveaux jeux.
En 1894, Joseph-Antoine Berger installe un nouveau soufflet.
Les tuyaux de façade échappent à la réquisition de 1917. L'intervention de Paul-Marie Koenig, de Caen, en 1925, est un désastre. Tout en conservant les sommiers du Grand-Orgue, du Positif et de la Pédale, il installe une traction pneumatique et une console indépendante tout en replaçant tout l'orgue sur trois claviers et deux divisions deviennent expressives. L'orgue, inauguré par Joseph Bonnet, ne donne jamais vraiment satisfaction. Si bien que, dès 1932, le facteur Georges Schwenkedel effectue des réparations pour refaire fonctionner l'instrument.
En 1959, la décision est prise de reconstruire la traction mécanique et les travaux sont confiés à Curt Schwenkedel avec la participation de Philippe Hartmann. Le grand buffet retrouve son emplacement d’origine. La composition prévue à quatre claviers de 51 notes et une pédale de 30 notes diffère de l'originale et, pour des raisons financières, le projet n'est pas mené à bonne fin. La composition des pleins-jeux est conforme à normes de Dom Bedos, mais pas à celles de Silbermann. Hartmann accorde l'instrument selon un tempérament mésotonique à huit tierces pures.
En 1970, le travail est achevé, mais avec d’autres prémisses : reclassement de la tuyauterie par Albert Raber, retour à la composition de Silbermann, rétablissement du diapason d’origine et reconstruction de la traction des claviers et du tirage de jeux. Les claviers de Callinet sont maintenus, mais le quatrième clavier reste muet. L'Écho est entièrement reconstruit et ses jeux ne sont plus de Silbermann tout comme les mutations, la Doublette du Positif ainsi que la Cymbale et la Trompette du Grand-Orgue. À cette occasion, Philippe Hartmann établit un tempérament mésotonique d'après Dom Bédos, ensuite modifié à trois tierces pures. C'est la première fois dans la France du XXe siècle qu'un orgue historique est accordé selon un tempérament ancien.
La traction est mécanique suspendue. Les sommiers sont à gravures; celui de l'Écho est neuf tandis que ceux du Grand-Orgue, du Positif et de la Pédale sont d'origine.
La console en fenêtre est de Schwenkedel. Les claviers à naturelles en ébène sont de Callinet sauf le quatrième qui est de Schwenkedel. Les claviers possèdent 51 notes alors que les sommiers n'en contiennent que 49. Le pédalier avec feintes à bec est de Schwenkedel; il possède 27 notes alors que le sommier n'en contient que 25. Le tirage des jeux est mécanique par tirants de section carrés à pommeaux en bois clair. Les tirants du Positif sont placés dans le Positif de dos, au dos de l'organiste. Les tuyaux de façade sont d'origine. La soufflerie est à charge flottante avec éclisses de guidage interne, placée derrière l'orgue.
Le buffet est classé « monument historique » le 18 juillet 1977. Possédant encore les trois quarts de sa tuyauterie originale, la partie instrumentale est classée « monument historique » le 26 juillet 1991.
Le 15 mars 2007, la Commision Nationale des Monuments historiques décide de faire exécuter un grand relevage de l'instrument, avec restauration du buffet et reconstruction partielle de la mécanique des notes et des jeux. Les travaux dont les coûts estimés s'élèvent à plus de 237 000 euros sont confiés au facteur d'orgues Richard Dott, de Sélestat. Réalisés de 2009 à 2011, les travaux comprennent la restauration des sommiers, le nettoyage de la tuyauterie, la stabilisation le buffet dans le but de supprimer les désordres structurels constatés ainsi que la reconstruction de la mécanique des notes à la manière de Silbermann au Grand-Orgue et en partie au Positif et celle des jeux pour la Grand-Orgue, l'Écho et la Pédale. La soufflerie est révisée en conservant les deux réservoirs à charge flottante de Schwenkedel. La fenêtre des claviers retrouve la présentation de 1750 par la suppression du quatrième clavier tout en conservant les claviers de Callinet et de Schwenkedel. L'harmonisation et le tempérament de Schwenkedel sont aussi conservés.
L'instrument restauré est inauguré le 22 mai 2011 par Olivier Vernet.
History
The occupation of Soultz goes back up to the prehistoric era, but it is only in 667 that the 'Sultza', or 'saline source' name appears in a donation by Adalric, father of St. Odile, to the Ebersmunster Convent. In 818, a document mentioned a mother church and a landlord court.
Ebermunster Abbey relinquished Soultz to the lord bishop of Strasbourg in 1079 and it remained as such until 1789. Fortified before the middle of the 13th century, Soultz became a city by 1250 and expanded with the disappearance of neighboring villages and became the seat of an episcopal representative.
The Church
With a homogeneous exterior, this red sandstone completely vaulted by ogives Gothic church was built in many construction drives. The oldest elements in this Latin-cross shaped building are the pillars at the crossing dating back to mid-13th century. The flat apse, the base of the tower and the first bay of the nave date back to the early 14th century while the rest of the nave with its two types of supports, its simple side aisles and the lateral chapel were built between 1320 and 1340. The south portal, dedicated to St. Maurice, depicts the saint riding on horseback bearing the coat of arms of Soultz and the adoration of the Magi. They were built by 1325 and are in line with the heritage received from Strasbourg and Colmar.
The western facade, the cross-linked-vault porch and the portal were completed in 1489. At about the same time, the divided-vault vestry was built. The upper part of the octagonal tower with its double balustrade spire was completed in 1611.
Inside, there are the often restored 14th-century murals, a polychrome sculpted wood panel from the end of the 15th century depicting St. George striking down the dragon, a Madona with the Child from the early 16th century and a Renaissance sculpted wooden pulpit from the early 17th century.
The Organ
On October 22nd 1747, bailiff Immelin, representing the City of Soultz, commissioned the construction of an organ with an oak organcase, decorated with two angels, a back Positif and Pedal to Johann Andreas and Johann Daniel Silbermann. The organ will be built three years later by Johann Andreas because the organbuilder was busy with his masterpiece in Strasbourg's New Temple. The organ was loaded on three boats on July 30th, 1730, for transportation on the Ill River to Colmar. Johann Daniel began the installation in August. When his spouse, Maria-Elisabetha who traveled with him, died on September 13th at the age of 27 years old, Johann Daniel returned to Strasbourg and did not want to return to Soultz. Johann Andreas completed the instrument on October 24th and carried out its voicing.
The organcase, largely inspired by the one in St. Thomas Church in Strasbourg, is made up of a central three-turret section, a trademark found in several Johann Andreas's designs. The abundant sculpted and openwork decor is very elegant and is in response to the one adorning the gallery guardrail carried out at the same time by Frantz Kayser and Maurice Müller. At the top of the central turret, an escutcheon is decorated with the city's coast of arms.
The tonal structure carefully follows the Silbermann tradition without showing the same Saxon influence but with some particularities:
The Silbermanns returned twice to Soultz. In June 1766, Johann Andreas cleaned and tuned the organ with the son Daniel. In 1783, shortly after the Johann Andreas's death, his son, Johann Josias, and his companion, Conrad Sauer, cleaned and tuned the pipework.
After the Revolution, Joseph Callinet was called in three times to transform the instrument. In 1819, he wrote: "This remarkable Silbermann organ needed no repair for 65 years." In 1821, he replaced the keyboards and extend them to 51 notes. He added a half-fourth Récit manual and replaced the Cymbale in the Grand-Orgue division with a 4' Clairon and the Voix humaine in the Echo division with an 8' Trompette.
Callinet came back in 1829 to add a 16' Bombarde in the Pedal division and an 8' Flûte traversière in the Echo division. In 1852, he added an 8' Gambe in the Grand-Orgue division and an 8' Salicional in the Positif division. On top of that, he moved the main organcase back by 6.5 feet (2 meters) and modified the Positif action.
Aware of the value of Silbermann organs, Joseph Callinet's interventions were carried out in keeping with the 18th-century pipework and action. Apart from the Voix humane stop in the Echo division, no Silbermann stop was removed: new toe boards were prepared for new stops.
In 1894, Joseph-Antoine Berger installed a new bellows.
The facade pipework escaped the 1917 requisition. The intervention by Paul-Marie Koenig, from Caen, in 1925, was a disaster. While keeping the Grand-Orgue, Positif and Pedal divisions windchests, he installed a pneumatic action, an independent console and refit the whole organ on three manuals with two enclosed divisions. The organ, inaugurated by Joseph Bonnet, never provided satisfaction. As early as 1932, organbuilder Georges Schwenkedel was called in to repair the instrument.
In 1959, the reconstruction ofthe mechanical action was decided and works were entrusted to Curt Schwenkedel with the help of Philippe Hartmann. The main large organcase returned to its original position. The planned project for four 51-note manuals and a 30-note pedalboard differed from the original instrument and, for financial reasons, the project was never completed. The tonal structure of the mutations complied with Dom Bedos's requirements but not with Silbermann's. Hartmann installed a mesotonic temperament with eight pure thirds.
In 1970, the works are completed, but with other premises: pipework reracking by Albert Raber, return to Silbermann's tonal structure and return to the original diapason, and reconstruction of the key and stop action. Callinet's keyboards were preserved, but the fourth one remained silent. The Echo division was completely rebuilt and its stops are not from Silbermann as well as the mutations, the Doublette in the Positif division and the Cymbale and the Trompette in the Grand-Orgue division. At the same time, Philippe Hartmann installed a mesotonic temperament after Dom Bédos, and modified to three pure thirds. It is the first time in 20th-century France that a historical organ is tuned to an old temperament.
The action is suspended mechanical. Slider windchests are used; the Echo division pipework is new while those in the Grand-Orgue, the Positif and the Pedal are original.
The attached console is from Schwenkedel. The manuals with ebony naturals are from Callinet except for the fourth which is from Schwenkedel. Manuals have 51 notes while windchests contain only 49. The hooked sharp key pedalboard is from Schwenkedel; it has 27 notes while the windchest contains only 25. The stop action is mechanical and uses light wood square drawknobs. The Positif division drawknobs are installed in the back Positif organcase located in the organist's back. Facade pipework is original. The wind supply is provided by schwimmer bellows with internal ribs, located behind the organ.
The organcase was classified as a 'historical monument' on July 18th, 1977. With three quarters of its original pipework still present, the instrument was classified as 'historical monument' on July 26th 1991.
On March 15th, 2007, the National Commision for Historical Monuments decided a major restoration of the instrument including the restoration of the organcase and the partial reconstruction of the key and stop action. Works estimated at more than 237,000 euros were entrusted to organbuilder Richard Dott, from Sélestat. Carried out from 2009 till 2011, works included windchest restoration, pipework cleaning, stabilization of the organcase to correct structural defects as well as reconstruction, in the Silbermannn's way, of the key action in the Grand-Orgue division and partly in the Positif division and of the stop action in the Grand-Orgue, Echo and Pedal divisions. The blower was revised by preserving both Schwenkedel floating load reservoirs. The attached console reflects the 1750 installation with the removal of the fourth manual while keeping Callinet and Schwenkedel keyboards. Schwenkedel voicing and temperament were retained.
The restored instrument was inaugurated on May 22nd, 2011, by Olivier Vernet.
I. Positif de dos |
II. Grand-Orgue |
|||
|---|---|---|---|---|
| 1Bourdon | 8' | 1Bourdon | 16' | |
| 2Prestant | 4' | 1Montre | 8' | |
| 1Flûte | 4' | 1Bourdon | 8' | |
| Nazard | 2 2/3' | 1Prestant | 4' | |
| 2Doublette | 2' | 1Flûte | 4' | |
| 2Tierce | 1 3/5' | 1Nazard | 2 2/3' | |
| 2Larigot | 1 1/3' | 1Doublette | 2' | |
| 2Fourniture | III | 1Tierce | 1 3/5' | |
| 2Carillon | II | 1Cornet | V | |
| 1Cormorne | 8' | 1Fourniture | III | |
| 2Cymbale | III | |||
| 3,4Trompette | 8' | |||
| 1Voix humaine | 8' | |||
III. Écho |
Pédale |
|||
|---|---|---|---|---|
| Bourdon | 8' | 1Flûte | 16' | |
| Prestant | 4' | 1Flûte | 8' | |
| Cornet | III | 4Trompette | 8' | |
| Voix humaine | 8' | 4Clairon | 4' | |
| 1 | Jeu original de Silbermann / Original Silbermann stop | |
| 2 | Jeu original partiel de Silbermann / Partly original Silbermann stop | |
| 3 | Divisée en basse et dessus / Divided into bass and treble | |
| 4 | Jeu original de Callinet / Original Callinet stop |